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Parcours de la vente d'un album, la Fnac impose les prix  13.06.2006

La FNAC impose les prix !!

" Vu le prix, je préfère télécharger "? Problème, les professionnels du multimédia se plaignent en continu de la baisse des ventes de CD. Le manque à gagner serait colossale et causerait, à terme, l'effondrement de la production musicale. Pourquoi les consommateurs délaissent-ils en partie le produit CD ? Sûrement à cause du téléchargement, mais pas seulement. Le prix d'un CD est trop cher et la production d'un album a quelque chose de pervers. Alors que la musique appartient à l'artiste, ce n'est pas à lui que l'on donne notre argent.

Je vous propose de suivre le processus de production d'un produit phonographique que je connais bien puisque j'en suis l'un des artistes. Il s'agit de " La Mala Hora " du groupe Zurribanda.

Les intermédiaires nécessaires

Première étape : pour faire un album, il faut de l'argent pour payer le studio d'enregistrement, le mixage et le mastering. Un choix s'impose à l'artiste : soit l'autoproduction, soit signer un contrat de production avec un label qui apportera les fonds nécessaires à la réalisation de la galette. L'autoproduction a pour avantage de laisser l'artiste parfaitement maître de sa création et de s'épargner un intermédiaire à la vente, lui permettant de gagner plus sur chaque album vendu. C'est le choix fait par Zurribanda.

Deuxième étape : le pressage de l'album. Ici nous avons contracté avec un label, Ter à terre production, pour qu'il assume la charge du pressage. Il s'occupera entre autre de la pub pour la sortie de l'album. En contre partie, le label est propriétaire du produit CD et versera une rémunération sur chaque album vendu à l'artiste puisqu'il est le producteur de cet album. On appelle ce contrat une licence d'artiste.

Troisième étape : si vous voulez que votre album soit en vente aux quatre coins de la France, il vous faut une distribution. Jusqu'ici, pas de problème. Un grand nombre de boîte de distribution sont indépendantes des majors et capables en un mois de placer en magasin la quantité de CD que vous désirez vendre. Le groupe reste dans une démarche que l'on appelle indépendante. Le jour de la sortie nationale de " La Mala Hora ", Night and Day distribution avait réussi à placer 3500 CD dans les bacs. Il faut alors vendre votre produit CD à cette distribution et, pour le travail fourni, elle le revend à peu près deux fois plus cher aux disquaires.

A ce stade, le prix de gros hors taxe (PGHT) de La Mala Hora est de 11,03 euros. Soit 4,37 euros pour la distribution. Et 6,66 euros pour le label qui ensuite doit payer les artistes 2,21 euros, la SDRM et la com' du CD. Bref, autant dire que l'artiste ne touche rien puisque cette somme est divisée par 8 compositeurs. Le revenu pour un album vendu par artiste est de 27 centimes !

Le système est très désavantageux pour l'artiste, surtout lorsque l'on sait que Zurribanda a un très bon deal avec son label puisqu'elle reçoit 22% du PGHT, lorsque la moyenne de rémunération d'une licence est aux alentour de 17%. Pire ! Ce pourcentage peut être réduit de moitié lorsque l'artiste est en contrat d'artiste, c'est-à-dire quand le label lui paie l'intégralité de la production de son album.

Lorsque le système est biaisé par la Fnac

Il reste désormais à fixer un prix de vente magasin TTC pour votre album. Là, l'artiste ne peut plus choisir grand chose. La Fnac est le plus gros vendeur français de CD. Plus de la moitié des ventes de La Mala Hora se font dans ses magasins. Elle a la particularité d'acheter un grand nombre de CD qu'elle répartira ensuite dans ses magasins. Elle a donc un pouvoir d'achat énorme et vous lui faites un prix pour un lot. La Fnac est la référence incontournable du prix d'un CD. Elle a tellement confiance en sa puissance que finalement c'est elle qui impose le prix du CD en France. Le processus est le suivant : lorsqu'il ne vous reste plus qu'à vendre votre CD en magasin, vous allez voir la direction de la Fnac pour lui proposer votre produit prêt à la commercialisation. Elle vous demande quel prix vous souhaitez fixer pour votre CD. Le choix de Zurribanda était de ne pas dépasser les 15 euros TTC. C'est à ce moment que les choses se compliquent. La Fnac est généralement d'accord sur votre prix, mais après elle vous fait une proposition pour l'achat PGHT de votre produit. Et immanquablement, elle propose un prix d'achat très bas qui ne correspond pas à ce que vous aviez prévu.

Par exemple, le CD vous coûte 10 euros PGHT, vous souhaitez le vendre à 15 euros prix magasin TTC. La Fnac vous propose d'acheter votre album 7 euros l'unité afin qu'elle puisse le vendre en magasin 15 euros. Il vous faut donc amputer de votre PGHT 2 euros. Vous devrez vendre à la Fnac votre CD 8 euros et non 10 comme prévu. Le manque à gagner se répercutera sur la distribution, le label et les artistes. Le pire c'est que vous n'avez pas le choix : si vous refusez la proposition de la Fnac, elle ne proposera pas à la vente votre album. Par effet ricochet les autres disquaires ne prendront pas votre album non plus. Et quand bien même ils le prendraient vous perdriez plus de la moitié de vos possibilités de ventes.

Une fois le prix imposé par la Fnac, vous pouvez vendre votre album à l'ensemble des disquaires français. Ceux ci n'ont pas les possibilités d'achat de la Fnac. Ils doivent acheter un nombre d'album qu'ils sont sûr de vendre, généralement en petites quantités ne dépassant pas les dix exemplaires. Leurs marges de commercialisation étant plus grandes, ils ne peuvent pas vendre un CD moins cher qu'à la Fnac. Tout au mieux, ils s'alignent péniblement sur elle.

Au bout du compte : afin de ne pas perdre d'argent sur la sortie de notre album, nous avons décidé qu'il soit vendu 15 euros par la Fnac en prix vert et 18,50 euros en prix normal. Nous ne pouvions pas faire moins cher, à moins de décider de le vendre à perte. Après 3500 exemplaires vendus, le groupe a gagné 7000 euros, juste assez pour pouvoir payer le studio d'enregistrement. Ce qui veut dire qu'aucun membre de Zurribanda n'a touché d'argent sur les ventes de l'album La Mala Hora.

Des solutions

Afin d'enrayer ce système, plusieurs solutions existent. Il s'agit de faire tomber des intermédiaires. Internet est un parfait média. Le téléchargement est certes intéressant mais il a pour inconvénient de ne pas rémunérer l'artiste pour sa musique. Une autre solution est plus plausible : la vente directe par le groupe de ses albums en ligne. L'exemple de Wolfunkind prouve que c'est possible, puisque le groupe a réussi à vendre plus de 5000 exemplaires de " Cykofonk " que l'on ne peut acheter que sur leur site Internet au prix coûtant de 5 euros. Les Wolfs se sont ainsi passés des deux intermédiaires les plus coûteux : la distribution et la Fnac. Tout le monde est gagnant : l'artiste puisqu'il arrête de se faire spolier les fruits de sa création et le consommateur puisqu'il achète le produit moins cher.

Sylvain Robin

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